Juventud k, juventud anti-k

La Cámpora, el movimiento de jóvenes militantes kirchneristas, ha adquirido una presencia cada vez más importante en los últimos años a través de sus diversas manifestaciones en apoyo al gobierno de los Kirchner. Frente al mayor poder que ha conquistado en la escena pública, y a la victoria descollante de CFK en las elecciones primarias, choquea doblemente su mal desempeño en las elecciones de la Universidad de Buenos Aires (UBA). El artículo está en francés.

Crédito de la foto : CC/Flickr/Luciano Signorelli

La jeunesse argentine, partagée face aux Kirchner

Le Monde (Blogs)

22 de septiembre 2011

 

 

La présidente péroniste Cristina Kirchner brigue la réélection en position de favorite absolue, avec des possibilités de l’emporter dès le premier tour de scrutin, le 23 octobre. Pourtant, elle divise la jeunesse argentine. Cristina compte avec la force de frappe des jeunes militants du mouvement La Campora, mais ses partisans viennent de perdre les élections à l’Université de Buenos Aires.

C’est un paradoxe, car on assiste à un retour du militantisme péroniste en Argentine. L’ancien président Nestor Kirchner avait été crédité de la réhabilitation de la politique et de la relance de l’économie. A vrai dire, la reprise économique était due en bonne partie à son prédécesseur à la présidence, Eduardo Duhalde, son mentor puis rival, et à leur ministre commun, Roberto Lavagna.

L’effondrement financier de 2001-2002 avait provoqué des manifestations de rejet du système des partis, sous le slogan « Que se vayan todos » (Qu’ils s’en aillent tous, en référence aux hommes politiques). En 2003, Kirchner avait été élu avec 22 % des voix au premier tour, à la suite de l’abandon de Carlos Menem, arrivé en tête, mais sûr de perdre au second tour. Craignant un procès en illégitimité, le président Kirchner chercha à élargir ses appuis du côté des militants des droits de l’homme. Fin manœuvrier, il s’assura aussi le contrôle de l’appareil péroniste, par l’attribution discrétionnaire des crédits fédéraux aux maires ou gouverneurs de provinces et la neutralisation des caciques, écartant les uns (Duhalde), attirant les autres (Menem).

En 2010, à la mort de Nestor Kirchner, sa veuve a compté avec le sursaut de militantisme de la jeunesse, sous la bannière de La Campora, qui revendique l’action de la Jeunesse péroniste des années 1970. Son nom évoque l’éphémère président Héctor Campora, qui céda la place pour favoriser l’élection du général Juan D. Peron à son retour d’exil, en 1973.

Des vieux résistants ou anciens prisonniers politiques, aujourd’hui sexagénaires, regardent avec nostalgie et tendresse ce regain d’engagement des jeunes. La crise de 2001-2002 avait suscité l’apparition de nouvelles formes d’organisation : les assemblées de quartier, les comités disposés à reprendre les entreprises en difficulté, voire à les transformer en coopératives, les mouvements de « piqueteros » (chômeurs ou précaires dont le nom évoque les « piquetes », barrages routiers).

La Campora est autre chose, d’emblée liée au pouvoir, pour le défendre lors de conflits comme celui opposant le gouvernement Kirchner et les producteurs ruraux (2008), ou pour assurer sa pérennité lors d’échéances électorales.

Pilotée discrètement par Maximo Kirchner, le fils du couple présidentiel né en 1977, La Campora est parvenue à placer ses pions à la tête d’entreprises publiques (Aerolineas Argentinas, Corporation Puerto Madero) et aux sommets de l’Etat.

Très active sur les réseaux sociaux, La Campora a fédéré les associations K (kirchneristes) pour présenter des listes uniques de candidats aux élections de l’Université de Buenos Aires (UBA). A la mi-septembre, les candidatures K étaient présentes dans 11 facultés (contre trois en 2009).

Avec ses 300.000 étudiants, l’UBA est une forteresse, fière d’une autonomie remontant au mouvement universitaire de 1918. Elle est un thermomètre de la jeunesse. Les partisans de Kirchner n’ont emporté aucun de ses 13 centres d’étudiants. La gauche et l’extrême gauche conservent 9 centres, le Parti radical maintient le contrôle de deux centres, le Parti socialiste garde celui de la faculté de droit et une liste indépendante celui d’agronomie.

Le 14 août, Cristina Kirchner avait obtenu plus de 50 % des voix, lors d’élections dites primaires, destinées à qualifier les candidats et à éliminer les candidatures trop minoritaires. La présidente a distancié de 38 points ses principaux opposants : le radical Ricardo Alfonsin, le péroniste Duhalde, le socialiste Hermes Binner.

Le contraste est saisissant avec les résultats de l’UBA, où les K plafonnent à 32 % en architecture, 27 % en sciences sociales ou 15 % en droit, où ils sont arrivés en deuxième position. Ailleurs, les K doivent se contenter de la troisième place (médecine avec 22 %, philosophie et lettres avec 19 %), voire quatrième (sciences exactes avec 14 %, psycho avec 12 %, ingénierie avec 7 %). En économie, les K comptaient avec le soutien du ministre et co-équipier de Cristina, Amado Boudou, qui cultive un profil de « jeune rocker » : ils n’ont pas atteint les 10 %, au troisième rang.