Desafíos argentinos

Le Monde dedica su único editorial del día a los desafíos que la nueva presidenta deberá enfrentar, sin que medie luna de miel alguna: inflación, inversiones, demandas de la clase media, desigualdad distributiva, entre otros. Martín Tavaut, corresponsal en Francia.


Défis argentins
Le Monde
31 de octubre de 2007

Le 10 décembre, Cristina Fernandez de Kirchner succédera à son mari, le président péroniste Nestor Kirchner, au pouvoir en Argentine depuis 2003. Une croissance économique de 8 % à 9% par an depuis quatre ans et une opposition divisée expliquent que Cristina Fernandez ait emporté très largement la présidentielle du 28 octobre. Sa victoire dans la province de Buenos Aires, qui rassemble près de 40 % de la population, a été décisive. Fief traditionnel des péronistes, c’est là que s’est concentré le noyau dur de son électorat.
Après la crise financière la plus grave de l’histoire argentine, en 2001-2002, les plus modestes considèrent que leur vie s’est améliorée sous la présidence de M. Kirchner. L’épouse du président sortant a, en revanche, perdu dans les autres grandes villes, où la classe moyenne réclame notamment une meilleure qualité des institutions démocratiques, des systèmes d’éducation, de santé et des transports en commun. Même si les Kirchner ont consolidé leur hégémonie au sein du Congrès, la présidente ne bénéficiera donc d’aucun état de grâce.
Se présentant comme l’un des greniers du monde, l’Argentine profite d’un contexte international favorable, avec les prix élevés des matières premières qui remplissent de devises les caisses de l’Etat. Mais cela n’aura sans doute qu’un temps. Un des défis du nouveau gouvernement sera de relancer les investissements, notamment étrangers. Mme Fernandez a passé près de la moitié de sa campagne à voyager en Europe, aux Etats-Unis et en Amérique latine pour attirer les investisseurs. Elle devra également négocier la dette de 6,2 milliards de dollars avec le Club de Paris.
La présidente élue souhaite négocier un “pacte social” avec les milieux d’affaires et les syndicats pour maîtriser une inflation dont le taux officiel, déjà élevé – 8,6 % -, est sans doute bien en deçà de la réalité. Elle devra également négocier une hausse, forcément impopulaire, des tarifs des services publics, gelés depuis quatre ans. Mme Fernandez devra aussi reconquérir la confiance des citoyens à l’égard des politiques. Dans un pays où le vote est obligatoire, moins de 73 % de l’électorat a voté le 28 octobre, le chiffre le plus bas depuis 1928.
Dès dimanche soir, c’est d’un ton humble et conciliant, inhabituel chez les Kirchner, que Cristina a admis que sa victoire impliquait “plus de responsabilités et d’obligations”. En dépit d’une prospérité que l’Argentine n’avait pas connue depuis soixante ans, les 10 % d’Argentins les plus riches gagnent trente-cinq fois plus que les 10 % des plus pauvres, selon des chiffres officiels. Et plus de 40 % des salariés travaillent au noir, sans protection sociale. Succéder à son mari sera moins facile à Mme Kirchner qu’il y paraît.